Le Québec jalouse sa réussite : un frein collectif qui pourrait nous coûter cher
Il y a un climat qui s’installe doucement, presque sournoisement, dans la société québécoise. Une forme de méfiance généralisée envers ceux qui réussissent. La réussite dérange. Pas parce qu’elle fait du bruit, mais parce qu’elle reflète ce qu’on n’ose plus faire : prendre des risques, sortir du rang, créer de la valeur.
Un entrepreneur ouvre un commerce? On le soupçonne d’avoir eu des contacts. Un jeune s’achète une voiture? On présume qu’il a eu de l’aide. Une entreprise locale gagne des parts de marché? On parle de passe-droits ou de favoritisme.
Ce n’est pas de l’anecdote. C’est un symptôme culturel. Et si on ne se ressaisit pas, ce réflexe de nivellement va appauvrir notre société, économiquement et humainement.
Quand la réussite devient suspecte
Ce qui aurait jadis inspiré l’admiration provoque aujourd’hui de la suspicion. Et ce glissement de mentalité n’est pas sans conséquence.
On a souvent préféré, au Québec, l’égalité à la liberté. Mais l’égalitarisme forcé, quand il vire à la jalousie, tue l’esprit entrepreneurial. Si réussir, c’est s’attirer des critiques… pourquoi essayer?
Un exemple : selon un rapport publié en 2024, le Québec a perdu plus de 7 000 entrepreneurs en moyenne chaque année depuis 2019. Entre 2019 et 2021, c’est une baisse de 12,4 % du nombre d’entrepreneurs, bien au-delà de la moyenne canadienne .
Les raisons d’un désengagement massif
Pourquoi un tel recul?
Parce qu’au Québec :
- Créer une entreprise signifie affronter une bureaucratie étouffante,
- Obtenir du financement est plus complexe qu’ailleurs au Canada,
- Et surtout, il faut avoir le dos large : critiques sociales, soupçons, jalousie.
Des dirigeants quittent leur entreprise par épuisement ou découragement, comme l’indique un autre article de TVA Nouvelles . Guy Cormier, PDG de Desjardins, l’a reconnu lui-même : les obstacles psychologiques, peur de l’échec, manque de reconnaissance, nuisent autant que les obstacles financiers .
Le Québec : une culture d’ambivalence envers ses bâtisseurs
Ce qui choque, c’est qu’en parallèle, le Québec se targue d’encourager l’innovation et les jeunes leaders. Mais dans les faits, on célèbre davantage la conformité que l’audace.
Le danger est là : on pousse nos bâtisseurs à réussir ailleurs. La presse française l’a même noté récemment : « Le Québec connaît une crise de la relève entrepreneuriale », soulignant qu’on investit trop peu dans le repreneuriat et l’accompagnement .
Alors que les baby-boomers quittent massivement les affaires, les jeunes hésitent à prendre le flambeau. Pourquoi? Parce qu’ils savent que le feu vient aussi… du public.
Le feu des réseaux sociaux : violence numérique et attaques gratuites
Ce ressentiment se propage avec virulence en ligne. Les réseaux sociaux sont devenus le ring de la médiocrité anonyme. On attaque sans visage, sans courage, par des commentaires gratuits et destructeurs.
Et plus tu réussis, plus tu deviens une cible.
Le message implicite devient clair : « Cache-toi si tu veux être en paix. » Un contre-message toxique à tout esprit de liberté et d’excellence.
Et pourtant… la réussite n’est pas une menace. C’est une chance.
Il faut inverser la vapeur. La réussite n’est pas un vol. Elle ne nous enlève rien. Au contraire, elle élargit l’horizon de ce qui est possible. Chaque entrepreneur qui crée de la valeur est un moteur pour la société. Pas un obstacle.
On devrait encourager :
- L’effort.
- L’innovation.
- Le courage.
- Et la résilience.
Conclusion : ce n’est pas la réussite qu’il faut craindre… c’est l’exil des bâtisseurs
Le Québec ne pourra pas se permettre longtemps de perdre ses entrepreneurs, ses artisans, ses penseurs, ses producteurs. Si on continue à les jalouser, les rabaisser ou les ignorer, ils s’en iront là où on les accueille avec respect.
Et quand il ne restera que les commentateurs, les suiveurs et les administrateurs, qui restera-t-il pour bâtir?
La vraie menace, ce n’est pas que certains percent. C’est qu’ils percent ailleurs.
Le Volontariste
Auteur libre et penseur insoumis
Pour la liberté de penser, sans permission ni condition.

📚 Références
- Le déclin du nombre d’entrepreneurs au Québec est préoccupant – Journal de Québec, 26 octobre 2024
- Le programme Persévérance entrepreneuriale – Données 2024 sur les départs massifs
- Épuisement des dirigeants, obstacles au financement – TVA Nouvelles, 23 novembre 2023
- Guy Cormier : Comment encourager la relève – 24 Heures, 31 octobre 2022
- Le Figaro : Le repreneuriat, la solution face au déclin – Le Figaro, 6 novembre 2024

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