Canada 2025 : Obéir ou être banni; la fin de la liberté d’expression

Il y a quelques jours, une conseillère scolaire de Hamilton, en Ontario, a été suspendue de ses fonctions. Pas pour avoir tenu des propos haineux. Pas pour avoir insulté qui que ce soit. Pas pour avoir commis une faute grave. Non.

Elle a été suspendue pour avoir formellement demandé que son objection à la reconnaissance territoriale soit consignée au procès-verbal d’une réunion du conseil scolaire.

Catherine Kronas n’a pas protesté, ni élevé la voix. Elle n’a pas quitté la salle, ni manqué de respect à quiconque. Elle a simplement fait usage, dans le cadre d’une procédure régulière, de son droit de ne pas adhérer à une déclaration idéologique. Et pour cela, elle a été sanctionnée.

Voilà où en est rendu le Canada.

Quand le silence devient une hérésie

Le geste de Catherine Kronas n’avait rien d’un coup d’éclat. Ce n’était ni une manifestation politique ni un acte militant. Elle n’a ni dénoncé les peuples autochtones, ni critiqué la démarche de reconnaissance. Elle a seulement exprimé une réserve de conscience, posée, respectueuse, et encadrée par les règles procédurales du conseil.

Mais ce simple acte, demander que son désaccord soit consigné, et non effacé, a suffi à déclencher des représailles institutionnelles.

Nous ne sommes plus devant un excès de zèle local. Nous sommes devant un révélateur inquiétant de l’état de notre société. Une société où l’obéissance symbolique est devenue obligatoire, et où le refus de participer à un rituel idéologique constitue désormais un crime moral.

De Saguenay à Hamilton : deux poids, deux mesures

Souvenons-nous. En 2015, la Cour suprême du Canada rendait un jugement majeur contre Jean Tremblay, alors maire de Saguenay. Celui-ci ouvrait les séances du conseil municipal par une prière chrétienne. La Cour a jugé cela inacceptable, au nom du principe de neutralité de l’État. Un élu, avait-elle statué, ne peut imposer un rituel religieux dans un cadre politique.

On s’en était félicité : le Canada faisait un pas vers une véritable laïcité, affranchie des symboles imposés d’en haut.

Mais dix ans plus tard, que fait-on à Hamilton?

On impose un nouveau rituel, cette fois non religieux, mais idéologique et identitaire. Et si une élue, respectueusement, refuse d’y participer et demande simplement que son objection soit mentionnée au procès-verbal, on la suspend.

Quel est ce deux poids, deux mesures?

Pourquoi une prière chrétienne serait-elle une imposition inacceptable, mais une reconnaissance territoriale, qui constitue, elle aussi, une affirmation de foi symbolique, serait-elle obligatoire? Où est passée la neutralité de l’État que nos tribunaux réclamaient si ardemment?

La dictature douce de la pensée correcte

Ce qu’illustre cette affaire, c’est que la liberté d’expression n’existe plus réellement au Canada. Ce qu’on appelle encore liberté, c’est désormais le droit de dire uniquement ce que l’État juge acceptable. Et ce qu’on nomme maintenant « neutralité », c’est l’adhésion obligatoire à un récit officiel.

Catherine Kronas n’a ni blasphémé, ni nié l’histoire, ni tenu un discours d’exclusion. Elle a refusé de participer à un rite idéologique qui, selon sa conscience, n’avait pas sa place dans une assemblée démocratique. Et ce refus, posé, calme, procédural, est devenu une faute grave justifiant sa mise à l’écart.

Il ne s’agit donc plus de protéger autrui d’un discours haineux ou diffamatoire.

Il s’agit de punir le simple fait de ne pas réciter la formule imposée. De sanctionner ceux qui osent ne pas communier dans l’orthodoxie du jour.

L’uniformisation des consciences

Cette dérive révèle une transformation profonde de nos institutions démocratiques. Jadis, elles étaient conçues pour protéger les minorités contre la tyrannie de la majorité. Aujourd’hui, elles servent à imposer une unanimité artificielle, à gommer les dissidences, à formater les consciences.

Le message est clair : vous pouvez penser ce que vous voulez dans votre for intérieur, mais vous devez publiquement adhérer au catéchisme officiel. Votre silence même doit être conforme. Votre abstention doit être approuvée.

Cette évolution marque la fin de ce que nous appelions autrefois le pluralisme démocratique. Nous glissons vers une société monolithique où la diversité des opinions devient une menace à l’ordre établi.

Ce qu’il reste aux esprits libres

Alors, que faire? Faut-il simuler l’adhésion, pour ne pas perdre sa place? Faut-il prononcer les mots requis, pour ne pas être exclu? Faut-il céder, se soumettre, s’écraser, en espérant un hypothétique retour du bon sens?

Non.

Il faut refuser de trahir sa conscience. Refuser de participer à ce théâtre idéologique. Refuser de cautionner une société où l’unanimité est exigée, même à travers les silences contraints.

Mais ce refus implique une prise de conscience douloureuse : on ne sauvera pas cette société de l’intérieur. Elle est trop compromise. Trop verrouillée. Trop occupée à persécuter ceux qui doutent encore.

Il est temps de construire autre chose. Une société parallèle. Une communauté fondée sur la liberté réelle, sur le respect authentique des divergences, sur l’autonomie individuelle et la coopération volontaire.

Conclusion : Le refus, comme dernier espace de liberté

Ils veulent une population docile. Ils veulent que chacun récite la formule appropriée. Ils veulent que chacun joue son rôle assigné dans ce grand théâtre moral.

Mais certains refusent encore de jouer. Certains, comme Catherine Kronas, se lèvent sans faire de bruit. Et simplement, poliment, demandent que leur désaccord soit respecté et consigné.

Ce geste modeste devient révolutionnaire dans un monde qui exige la soumission totale.

Ils veulent une unanimité forcée. Nous aspirons à une diversité libre. Ils veulent des citoyens obéissants. Nous préférons des individus responsables et autonomes.

Cette opposition est irréconciliable. Et c’est précisément pourquoi nous devons construire autre chose, des espaces où la conscience individuelle retrouve ses droits, où le dissensus redevient possible, où la liberté n’est plus un privilège révocable mais un fondement inaliénable.

Le Volontariste
Auteur libre et penseur insoumis
Pour la liberté de penser, sans permission ni condition.

No responses yet

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *