Gérés, pas gouvernés: bienvenue dans la révolution managériale
On vous parle de démocratie. On vous fait voter. On vous laisse croire que votre voix compte.
Mais pendant ce temps, ce ne sont pas les élus qui décident. Ce sont les gestionnaires.
Pas ceux que vous voyez aux bulletins de nouvelles, mais ceux qui signent les décrets sans rendre de compte.
Vous vivez sous régime administratif. Et vous ne l’avez jamais consenti.
Une illusion de pouvoir
Chaque élection vous redonne une bouffée d’espoir: peut-être que cette fois, les choses vont changer.
Mais non. Les décisions majeures sont prises en dehors du politique. Les élus changent, l’agenda reste.
Pourquoi? Parce que les vrais leviers ne sont plus entre leurs mains.
La politique, aujourd’hui, sert à justifier ce qui est déjà décidé ailleurs.
Une fois élus, les politiciens deviennent des porte-parole. Ils relaient les décisions prises par des comités, des agences, des « experts ».
Les ministères sont pleins de fonctionnaires qui traversent les gouvernements sans jamais être remis en question.
Les règlements sortent à la chaîne, souvent en dehors de tout débat public.
Et vous, citoyen, vous êtes réduit au rôle de sujet administratif. Vous recevez les ordres. Vous les appliquez.
La prophétie de Burnham (1941)
James Burnham, analyste froid et lucide, écrivait en 1941 que le capitalisme allait disparaître… mais pas au profit du socialisme.
Non, ce qui allait émerger, c’était une nouvelle caste dirigeante: les gestionnaires.
Pas des patrons. Pas des ouvriers.
Des administrateurs. Des techniciens du pouvoir.
Ils ne possèdent pas les usines, ils ne construisent pas les routes, ils ne plantent pas les arbres.
Ils remplissent des tableaux Excel, rédigent des normes, gèrent des flux.
Le capitaliste classique prenait des risques, investissait, innovait.
Le gestionnaire moderne, lui, ne produit rien, il supervise. Il réglemente. Il redistribue les efforts des autres.
Ce pouvoir ne se revendique pas, il s’administre.
Qui sont les gestionnaires d’aujourd’hui?
Ils ne sont pas élus. Ils ne sont pas visibles.
Mais ils sont partout.
- Dans l’État : les directeurs de la santé publique, les ingénieurs municipaux, les autorités de transport, les régies environnementales.
- Dans les centres de services scolaires : les cadres pédagogiques, les conseillers à la réussite, les experts en équité.
- Dans les grandes entreprises : les responsables en conformité ESG, les directions RH converties au DEI, les analystes de risques réputationnels.
- Dans les ONG et fondations : les stratèges du climat, de la santé mondiale, de la surveillance numérique.
- Dans les institutions financières : les cadres des banques centrales, les consultants de BlackRock, les spécialistes en « transition économique ».
Ils se déplacent entre le public et le privé comme on change de département.
Ce n’est pas un complot. C’est un réseau fluide de gestion permanente, tissé au fil des décennies.
Ils parlent tous le même langage: processus, indicateurs, conformité, résilience, reddition de comptes.
Et quand ils s’installent, il n’y a plus de débat. Juste des « meilleures pratiques ».
L’économie administrée
Le mythe du libre marché est entretenu pour les naïfs.
La réalité, c’est que l’économie est gérée comme un tableur géant.
Les grandes firmes comme BlackRock, Vanguard ou Brookfield n’ont pas besoin de posséder toutes les entreprises.
Elles les gèrent. Elles siègent aux conseils. Elles fixent les priorités. Elles dictent les règles.
Un mot de Larry Fink vaut plus que dix discours de ministre.
Les entreprises, pour obtenir du financement, doivent se conformer aux critères ESG.
Les embauches passent par des comités DEI.
Les orientations stratégiques suivent les tendances dictées par Davos ou l’ONU.
Les banques centrales pilotent les taux, injectent des liquidités, décident si votre hypothèque double ou non.
C’est une économie planifiée, mais sans plan visible.
Une gestion par algorithmes, normes et pressions croisées.
La stratégie: gouverner sans se montrer
Le pouvoir gestionnaire ne se présente jamais comme autoritaire.
Il avance masqué, en utilisant le langage de la vertu.
Derrière chaque politique, on trouve des mots doux :
- Diversité
- Inclusion
- Durabilité
- Sécurité sanitaire
- Lutte contre la désinformation
- Préservation du climat
Mais ces mots ne décrivent pas des objectifs. Ils servent de justification.
Ils permettent d’imposer sans débattre.
Et s’y opposer, c’est être rangé dans la catégorie des extrémistes, des négationnistes, des réfractaires.
Ce pouvoir n’a pas besoin de convaincre.
Il publie un règlement, signe une entente, active une procédure.
Et la population se retrouve pieds et poings liés, sans même comprendre comment.
L’imposture des régimes politiques
On vous parle encore de gauche et de droite.
De capitalisme et de socialisme.
Mais tout ça est dépassé.
La vraie fracture est ailleurs: entre le vivant et la machine administrative.
Nous ne vivons ni dans un régime capitaliste ni dans un régime socialiste.
Nous vivons dans une société administrée, technocratique, automatisée.
- Vous ne négociez pas votre liberté, vous demandez des permissions.
- Vous ne débattez pas des lois, vous recevez des décrets.
- Vous ne construisez pas le futur, vous remplissez des cases.
C’est un système sans visage, sans frontière, sans fin.
Les multinationales et les États coopèrent. Les règlements se calquent. Les citoyens s’adaptent ou se taisent.
Burnham appelait cela le super-État.
Un pouvoir qui transcende les partis, les pays, les peuples.
Un pouvoir qui n’a plus besoin de chars ni de soldats. Juste d’une armée de gestionnaires.
Et maintenant?
Ce régime ne tombera pas par un vote.
Vous ne pouvez pas renvoyer un comité.
Vous ne pouvez pas faire tomber une norme ISO.
Alors, que reste-t-il ?
Sortir.
Sortir du réflexe de l’obéissance.
Sortir des structures automatisées.
Sortir du cadre.
Recréer des zones de vie hors gestion.
Créer des communautés où les règles sont claires, assumées, humaines.
Refuser la paperasse qui remplace la liberté.
Réapprendre à vivre entre personnes responsables, sans intermédiaires stériles.
Il ne s’agit pas de revenir en arrière.
Il s’agit de choisir un avenir qui ne passe pas par des gestionnaires.
La révolution managériale n’est pas à venir.
Elle est déjà là.
Reste à savoir si vous allez continuer à être géré…
ou enfin vous gouverner vous-même.
✍️ Par Le Volontariste


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