Égaux, mais pas libres : la plus grande contradiction du pouvoir moderne
La société répète inlassablement que « tous les êtres humains sont égaux en valeur et en dignité. »
Cette phrase, qu’on trouve dans la Charte des droits et libertés de la personne du Québec, à la deuxième ligne de son préambule, sonne bien. Elle donne l’impression d’un monde juste, moral, civilisé.
Mais si nous sommes réellement égaux en valeur et en dignité, comment se fait-il qu’un politicien, un juge, un policier ou un huissier puisse avoir un quelconque pouvoir sur toi?
S’ils sont tes égaux, sur quelle base peuvent-ils te contraindre?
Et si tu es leur égal, sur quelle base peux-tu être forcé d’obéir?
Vous êtes qui, exactement, pour me dire comment vivre ma vie?
Les racines oubliées de la liberté
L’idée que tous les hommes naissent libres et égaux ne vient pas d’un slogan moderne.
Elle plonge ses racines dans des siècles de lutte contre le pouvoir arbitraire.
En 1215, les barons anglais arrachent au roi Jean la Magna Carta, premier texte à limiter l’autorité du monarque. Elle proclame que le roi n’est pas au-dessus de la loi, et que nul ne peut être emprisonné sans jugement.
Ce n’était pas un acte de bonté royale, mais un rappel d’un principe éternel: aucun homme n’a autorité naturelle sur un autre.
En 1689, le Bill of Rights anglais renforce ce principe: le pouvoir du roi doit être encadré, et les citoyens disposent de droits que même le gouvernement ne peut violer.
Un siècle plus tard, la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 affirme que « les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. »
Ce texte n’invente rien de nouveau, il formalise une vérité que tout homme sensé peut reconnaître: la liberté n’est pas un privilège accordé par l’État, c’est une condition naturelle de l’existence humaine.
En 1791, le Bill of Rights américain enfonce le clou: il précise noir sur blanc que le gouvernement ne possède que les pouvoirs que le peuple lui accorde, et que tout pouvoir non consenti est illégitime.
Plus près de nous, le Canadian Bill of Rights de 1960 reconnaît explicitement les droits de l’homme comme « antérieurs à toute loi humaine. »
Ce qui revient à dire que l’État ne crée pas les droits, il doit s’y soumettre.
Ces textes ne “donnaient” pas des droits. Ils rappelaient à ceux qui gouvernent qu’ils n’en sont pas les auteurs.
Et pourtant, deux siècles plus tard, on se retrouve à devoir redire ce qui devrait être évident: si tous les humains sont égaux, personne ne détient légitimement le droit de commander un autre.
Le mensonge moderne de l’égalité
Nos chartes, nos constitutions et nos lois s’ouvrent sur de belles phrases humanistes.
Mais derrière les mots, la réalité est tout autre.
Les politiciens votent des lois qui restreignent les libertés sous prétexte de sécurité ou de bien commun.
Les juges interprètent ces lois selon la “volonté du législateur”, jamais selon la logique naturelle de la justice.
Les policiers appliquent aveuglément des ordres qu’ils savent parfois injustes.
Les huissiers exécutent des contraintes financières sur des citoyens qui n’ont jamais consenti à être gouvernés de cette manière.
Chacun de ces acteurs agit par délégation d’un pouvoir qui n’a jamais été donné librement.
Ils incarnent la hiérarchie d’un système fondé sur la peur et la fiction légale:
un ensemble d’artifices qui transforment les êtres humains en “personnes” administratives,
afin de les soumettre à une autorité abstraite qu’ils croient légitime.
C’est là le grand paradoxe du monde moderne:
on t’enseigne que tu es libre, pendant qu’on t’impose de naître enregistré, identifié, taxé, jugé, puni.
Le droit naturel contre le droit positif
Le droit naturel découle de la simple réalité d’être humain:
tu as le droit de vivre, d’agir, de penser, de posséder, de te défendre.
Aucune institution n’a le pouvoir moral de te retirer ces droits, car ils ne dépendent d’aucun texte.
Ils sont inhérents à ta nature.
Le droit positif, lui, est un assemblage de règles écrites par ceux qui veulent gouverner.
Il change au gré des régimes, des crises, ou des idéologies dominantes.
Il n’a de légitimité que si les individus y consentent.
Et dès qu’il contredit la justice naturelle, il devient ce que Frédéric Bastiat appelait “la loi pervertie”,
c’est-à-dire un outil de domination et de spoliation légale.
Un juge peut condamner un homme pour un crime sans victime,
un politicien peut imposer une taxe sur ton travail,
un huissier peut saisir tes biens sans que tu aies nui à qui que ce soit.
Voilà la vraie nature du droit positif: un code conçu non pour protéger la liberté, mais pour l’administrer.
L’autorité sans consentement est de la tyrannie
L’idée que des hommes puissent “gouverner” d’autres hommes repose sur un contrat implicite:
le fameux contrat social popularisé par Hobbes, Rousseau, puis John Locke.
Et c’est ici que la mémoire collective s’est trompée.
Hobbes voyait dans l’État un “mal nécessaire”. Rousseau imaginait un peuple fusionné dans une volonté générale abstraite.
Mais Locke, dont la pensée a influencé le contrat social britanniques, affirmait tout autre chose:
le pouvoir n’est légitime que s’il est consenti, et il doit être révocable à tout moment par ceux qui le délèguent.
Autrement dit: aucun gouvernement, aucune loi, aucun juge, aucun policier n’a d’autorité sur toi
si tu n’as pas volontairement accepté d’être soumis à son pouvoir.
C’est la base même de la philosophie politique britannique, celle dont le Canada est issu.
Mais ce principe a été trahi.
Aujourd’hui, on t’impose l’obéissance au nom d’un contrat que tu n’as jamais signé,
et qu’on t’empêche de refuser sous menace de punition.
Une autorité non consentie, peu importe sa forme, n’est pas de la démocratie: c’est de la tyrannie.
Le volontarisme : la vraie égalité
La seule égalité réelle ne se décrète pas dans les chartes, elle se pratique dans les relations humaines.
Deux individus sont égaux quand ils interagissent librement, sans contrainte, sans hiérarchie imposée.
C’est là tout le sens du volontarisme: une société fondée sur le consentement mutuel et la coopération libre.
Dans une telle société, il n’y a ni maîtres ni sujets,
seulement des individus souverains, capables de s’unir volontairement pour bâtir, échanger, créer,
sans jamais imposer à autrui ce qu’ils ne voudraient pas subir eux-mêmes.
Les droits ne sont pas des faveurs distribuées par le pouvoir.
Ce sont des limites posées au pouvoir lui-même.
Et tant qu’un homme pourra en menotter un autre au nom d’un papier signé par un troisième,
l’égalité restera un mensonge récité par des esclaves dociles.
✍️ Le Volontariste


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