Anarchiste, puis panarchiste : comment j’ai arrêté de chercher le “bon maître”

Je vais le dire d’entrée de jeu: je me fais traiter de tous les noms.

Fou. Utopiste. Dangereux. Irresponsable. Parfois même “extrémiste”. Tout ça parce que je refuse de choisir entre deux camps qui se disputent le droit de diriger la vie des autres.

Le plus ironique, c’est que je ne suis pas né avec cette position. Je n’ai pas sauté directement au bas de l’échelle politique. Mon parcours, c’est une succession de croyances sincères, suivies de désillusions très concrètes. Pas une illumination mystique, mais une accumulation de contradictions devenues impossibles à ignorer.

J’ai grandi dans une famille catholique très pratiquante. Le cadre moral était déjà là, transmis, respecté. Puis j’ai rejeté la religion. Pas le besoin de sens, juste l’autorité divine. Et comme souvent, quand Dieu disparaît, autre chose prend sa place. Dans mon cas, ce fut l’État.

Mes années d’étudiant m’ont naturellement mené vers le communisme. L’égalité, la justice sociale, la promesse d’un monde plus “juste”. Rien d’original. Rien de honteux non plus. C’était cohérent avec ce que je croyais à l’époque.

Puis est venu le monde du travail. Et avec lui, la découverte d’un mécanisme fascinant: l’impôt sur le revenu. Plus je progressais, plus je produisais, plus je constatais l’écart entre ce qu’on me promettait et ce qu’on me prenait. Le doute n’était pas idéologique, il était mathématique.

J’ai alors glissé vers le conservatisme. Réaction classique. Vouloir garder le fruit de son travail, vouloir limiter l’appétit de l’État. Sauf que plus j’observais, plus je voyais les mêmes incohérences, juste emballées autrement.

La crise de 2008 a été la fissure majeure. Les banques sauvées, les citoyens pressurés, les responsables jamais punis. Là, j’ai cessé de croire à la mauvaise gestion. J’ai commencé à comprendre le design du système. J’y reviendrai ailleurs, j’ai déjà écrit un livre sur cette arnaque.

À partir de ce moment-là, j’ai arrêté de chercher le “bon parti”. Je me suis tourné vers le minarchisme, l’idée rassurante d’un État minimal. Puis, en poussant la logique jusqu’au bout, j’ai dû admettre l’évidence: même minimal, l’État repose toujours sur la coercition.

C’est ce constat qui m’a mené à l’anarchisme. Pas le chaos, pas la loi de la jungle. Le refus d’imposer sa vision par la force. Aujourd’hui, j’utilise plus volontiers le mot volontarisme, tant le premier a été vidé de son sens.

Et par pragmatisme, par compréhension du monde tel qu’il est, j’en suis arrivé au panarchisme. Une idée simple: si des gens veulent vivre sous un cadre autoritaire, qu’ils le fassent entre eux. Mais qu’ils cessent d’imposer ce cadre à ceux qui n’y consentent pas.

Ce texte n’est pas une tentative de conversion. C’est le récit d’un désengagement. Le moment où j’ai compris que le problème n’était pas de trouver le bon maître, mais d’arrêter d’en chercher un.

La foi comme premier cadre politique

Je suis né dans une famille catholique très pratiquante. Pas le catholicisme tiède du baptême et du mariage, mais une religion structurante, quotidienne, qui donnait un cadre moral clair. Le bien. Le mal. L’autorité. L’obéissance. Le sens du sacrifice. La hiérarchie aussi.

Quand on grandit là-dedans, on ne se pose pas vraiment de questions. Ce n’est pas vécu comme une oppression. C’est simplement l’ordre normal des choses. Dieu est au sommet, l’Église interprète, la famille transmet, l’individu suit. Et tant que ça fonctionne, ça rassure.

Avec le recul, je comprends que cette étape a façonné beaucoup plus que mes croyances religieuses. Elle a installé une logique profonde: l’idée qu’une autorité supérieure sait mieux que toi ce qui est bon pour ta vie. Que le cadre moral vient d’en haut. Que désobéir n’est pas seulement une erreur, mais une faute.

À ce moment-là, l’État n’est pas encore un sujet. Il est abstrait, lointain, presque invisible. Mais la structure mentale est déjà en place. Remplacer Dieu par autre chose ne demande pas un grand effort. Le moule existe déjà.

Et c’est là que réside le piège. On croit rejeter la foi, mais on conserve le réflexe. On abandonne le dogme religieux, mais on garde la soumission morale à une autorité extérieure. On ne devient pas libre, on change simplement d’objet de croyance.

Je ne crache pas sur cette période. Elle m’a donné un sens de la responsabilité, une discipline, une idée du bien et du mal. Mais elle m’a aussi appris, sans que je m’en rende compte, à chercher la morale ailleurs qu’en moi. À déléguer mon jugement.

Ce n’est qu’en regardant en arrière que j’ai compris une chose simple: ma première socialisation politique n’est pas passée par l’école ou les médias. Elle est passée par la foi. Et tant que cette structure n’est pas questionnée, elle se recycle facilement sous d’autres formes.

La suite logique, presque inévitable, a été le rejet de Dieu. Mais pas encore le rejet de l’autorité.

Athéisme, idéalisme et transfert de foi vers l’État

À un moment donné, la religion ne tenait plus. Les dogmes, les contradictions, l’autorité fondée sur l’invisible. J’ai décroché. Pas à moitié. Un athéisme franc, assumé, sans nostalgie.

Mais se débarrasser de Dieu ne veut pas dire se débarrasser du besoin de sens. Ça, je l’ai compris plus tard. Sur le coup, je croyais être devenu rationnel, libéré. En réalité, j’avais surtout vidé un espace… qui allait être rapidement occupé.

C’est souvent à cet endroit que l’idéologie s’installe.

Chez moi, ce fut le communisme. Les années d’études, les grands discours sur l’égalité, la justice sociale, la fin des injustices. Tout ça sonnait juste. Moralement propre. Presque noble. L’État devenait l’outil de réparation. Le grand correcteur des torts du monde.

Avec le recul, je vois clairement le mécanisme. Dieu avait disparu, mais la structure était intacte. Une autorité centrale. Une morale définie d’en haut. Des élus qui savent. Des masses à guider. Des hérétiques à corriger si nécessaire.

À l’époque, je ne voyais pas la coercition. Je voyais la promesse. Je ne voyais pas la force, je voyais la redistribution. Je ne voyais pas l’imposition, je voyais la solidarité. Le vocabulaire faisait tout le travail.

Et surtout, je ne payais encore rien. Pas vraiment. Quand on ne produit pas encore, quand on n’a pas encore bâti, quand l’impôt reste théorique, il est facile d’y voir un geste moral abstrait.

Le communisme étudiant fonctionne bien à cet âge-là. Il donne un sentiment de supériorité morale, l’impression d’être du bon côté de l’histoire. Et surtout, il évite une question fondamentale: qui décide, et par quel droit?

Cette phase n’était pas stupide. Elle était cohérente avec mon rejet de la religion et mon désir de justice. Mais elle reposait sur la même erreur de base: croire qu’un cadre imposé pouvait produire le bien sans violence.

Je n’avais pas encore appris une chose essentielle: l’intention morale ne change rien à la nature de l’outil. Et l’outil, ici, restait la contrainte.

Ce réveil-là n’est pas venu par un livre ou un débat. Il est venu beaucoup plus banalement.

Par une première vraie paie.

Le travail, l’impôt et la fin de l’idéalisme gratuit

Le choc n’a pas été idéologique. Il a été comptable.

La première vraie paie, c’est souvent un moment banal. On travaille, on reçoit un montant, on passe à autre chose. Mais quand on regarde de près, quand on compare le brut et le net, quelque chose accroche.

Je produis X. Je reçois Y. La différence n’est pas petite. Et surtout, elle n’est pas négociable.

Au début, on se dit que c’est normal. Qu’il faut bien payer pour les routes, les hôpitaux, l’éducation. Le discours est connu. Presque automatique. On l’a entendu toute notre vie. On l’a même répété.

Mais plus je travaillais, plus je montais, plus la ponction augmentait. Pas en proportion de services rendus, mais en proportion de ce que je produisais. Là, le malaise s’est installé. Pas une révolte. Un doute.

Je ne voyais pas une transaction. Je voyais un prélèvement. Je ne choisissais rien. Je ne signais rien. Je n’avais aucun mot à dire sur l’utilisation de ce qui m’était pris. Et pourtant, on me répétait que c’était volontaire, démocratique, moral.

C’est à ce moment-là que l’idéalisme commence à coûter cher. Tant que l’impôt reste abstrait, il est facile de le défendre. Quand il devient une ligne concrète sur ta paie, il change de nature.

Je ne voyais pas un “effort collectif”. Je voyais un système qui récompensait la proximité du pouvoir et pénalisait la production. Plus tu avances, plus on te freine. Et plus on te fait la leçon.

C’est là que j’ai glissé vers le conservatisme. Pas par amour des élites ou des traditions figées. Par simple instinct de protection. Vouloir garder ce que tu produis n’a rien de radical. C’est même profondément humain.

À ce stade, je ne rejetais pas l’État. Je voulais juste qu’il se tienne tranquille. Qu’il prenne moins. Qu’il dérange moins. Qu’il fasse mieux avec ce qu’il prend déjà.

Je croyais encore qu’il suffisait de mieux gérer la machine. De changer les pilotes. De réduire un peu la taille du moteur.

Je n’avais pas encore compris que le problème n’était pas le conducteur.

C’était le véhicule.

Le conservatisme : une réaction logique, mais incomplète

Le conservatisme n’a pas été une révélation. Ça a été un réflexe.

Quand tu travailles, que tu produis, que tu vois une part grandissante de ton effort disparaître dans une machine opaque, la première réaction n’est pas de tout brûler. C’est de vouloir limiter les dégâts. Moins d’impôts. Moins d’ingérence. Moins de dépenses inutiles.

Sur papier, ça faisait du sens. Responsabilité individuelle. Mérite. Prudence budgétaire. Respect du travail. Rien de délirant là-dedans. Et comparé au communisme idéologique de mes années d’études, ça semblait presque adulte.

Mais assez vite, les fissures sont apparues.

Les conservateurs parlent de liberté, mais dès qu’ils arrivent près du pouvoir, ils utilisent les mêmes leviers. Ils promettent de réduire l’État, puis le réorganisent. Ils critiquent la bureaucratie, puis la dirigent. Ils dénoncent les excès, puis les perpétuent différemment.

Ce n’était pas une trahison. C’était une limite structurelle.

Le conservatisme ne remet pas en question l’outil. Il veut simplement mieux s’en servir. Il critique l’abus, pas la contrainte. Il accepte le principe, il discute le dosage.

Et surtout, il repose sur une croyance fragile: que le bon monde, une fois au pouvoir, résistera à la tentation d’en user. L’histoire n’est pas très gentille avec cette idée-là.

Plus j’observais, plus je voyais que les camps politiques se disputaient la direction du même appareil. Les uns voulaient l’utiliser pour redistribuer, les autres pour discipliner. Mais personne ne voulait vraiment le remettre en question.

À ce stade, je croyais encore qu’un État plus petit pouvait régler le problème. Qu’il suffisait de tailler dans le gras. De remettre des limites claires. De revenir à l’essentiel.

C’est cette intuition qui m’a mené vers le minarchisme. L’idée séduisante d’un État minimal, réduit à quelques fonctions de base. Une version allégée du pouvoir.

Je pensais avoir trouvé un équilibre.

Je n’avais pas encore testé la cohérence de cette idée jusqu’au bout.

2008 n’a pas tout cassé, elle a forcé à regarder sous le capot

La crise de 2008 n’a pas été une révélation complète. Elle a été un déclencheur. Une fissure visible dans une façade que je croyais encore réparable.

À l’époque, on est sous Stephen Harper, au Canada. Un gouvernement conservateur, censé incarner la prudence, la rigueur, la responsabilité fiscale. Et pourtant, quand le système financier mondial vacille, la réaction est la même partout: sauver les institutions, socialiser les pertes, maintenir l’illusion.

Ce moment-là m’a fait comprendre une chose simple: peu importe le parti, quand le système est menacé, il est défendu coûte que coûte. Ce n’est plus de la politique, c’est de l’auto-préservation.

Mais 2008, à elle seule, ne suffisait pas à expliquer pourquoi tout ça se produisait toujours de la même façon. Alors j’ai creusé. Pas par militantisme, mais par curiosité. Et c’est là que j’ai compris ce que presque personne n’explique clairement: le problème n’était pas seulement politique. Il était monétaire.

Quelques années plus tard, en comprenant réellement le fonctionnement du système monétaire moderne, tout s’est mis en place. La création monétaire ex nihilo. La dette perpétuelle. L’inflation comme taxe invisible. Un système mathématiquement insoutenable, qui exige une croissance infinie dans un monde fini.

Et surtout, une réalisation brutale: ce système n’est pas accidentel. Il est conçu ainsi. Et il est soutenu, protégé et imposé par l’État.

À partir de là, le mot “fraude” n’était plus une exagération émotionnelle. C’était une description fonctionnelle. On crée de l’argent à partir de rien, on en dilue la valeur, et on force tout le monde à l’utiliser sous peine de sanctions. Le gouvernement ne se contente pas de taxer, il organise la dévaluation permanente du travail passé.

C’est à ce moment précis que ma vision a changé de nature.

Je ne voyais plus seulement un État trop gros ou mal géré. Je voyais un système qui me ponctionnait dès la naissance, avant même mon premier salaire, par l’érosion monétaire. Un système où l’effort est systématiquement rattrapé par la planche à billets.

Le minarchisme est devenu, à ce moment-là, une tentative rationnelle de limiter les dégâts. Réduire l’État pour réduire sa capacité de nuisance. Réduire son rôle pour réduire sa portée.

Mais une question restait sans réponse, et elle devenait de plus en plus lourde:
si l’État contrôle la monnaie, et que la monnaie est l’outil central de spoliation, comment un État, même minimal, pourrait-il ne pas abuser de ce pouvoir?

La réponse s’imposait tranquillement, presque malgré moi.

Ce n’était pas une question de taille de l’État.
C’était une question de nature.

Quand la coercition devient le cœur du problème

À ce stade, il n’était plus possible de faire semblant. Toutes les pistes ramenaient au même point.

Ce n’était pas une question de gauche ou de droite. Ce n’était pas une question de bons ou de mauvais gestionnaires. Ce n’était même pas une question de taille de l’État. Le problème était plus simple, et beaucoup plus dérangeant.

La coercition.

L’État ne fonctionne pas sur le consentement réel. Il fonctionne sur l’obligation. Tu peux débattre, voter, protester, écrire des lettres. Mais au bout de la chaîne, si tu refuses de te conformer, la contrainte apparaît. Amendes, saisies, interdictions, prison. Toujours.

Et cette contrainte ne disparaît jamais, même quand l’intention est bonne. Elle change seulement de justification.

Pendant longtemps, j’ai cru que le problème venait des abus. Des excès. Des dérapages. Mais plus j’analysais, plus je voyais que la coercition n’était pas un accident du système. Elle en était le fondement.

L’impôt n’est pas volontaire.
La monnaie n’est pas optionnelle.
Les règles ne sont pas négociables individuellement.

On peut appeler ça solidarité, redistribution, sécurité, ordre public. Les mots changent. La mécanique reste.

C’est à ce moment-là que l’idée d’un État minimal a commencé à se fissurer pour de bon. Parce qu’un État, même réduit à l’essentiel, conserve toujours deux monopoles: la force et la monnaie. Et ces deux leviers suffisent à reconstruire tout le reste avec le temps.

Il n’y a aucun mécanisme interne qui empêche l’expansion. Aucun frein naturel. Seulement des promesses, des chartes, des textes. Autrement dit, de la foi.

Et j’avais déjà donné.

Comprendre ça ne mène pas à la rage. Ça mène au désengagement. À la réalisation que chercher le bon maître est une impasse. Que la question n’est pas «qui décide», mais «par quel droit».

C’est là que l’anarchisme a cessé d’être un mot caricatural pour devenir une conclusion logique. Non pas l’absence de règles, mais l’absence de règles imposées par la force. La coopération volontaire. La responsabilité réelle. Le choix.

Le mot a été sali, diabolisé, vidé de son sens. Alors j’utilise aujourd’hui volontarisme. Pas pour adoucir le propos, mais pour le clarifier.

Je ne cherche pas le chaos. Je cherche la cohérence.

Et pourtant, même là, une limite apparaissait encore.

Parce que comprendre la coercition ne signifie pas que tout le monde est prêt à s’en passer. Et vouloir imposer l’absence de coercition… serait encore une forme de coercition.

C’est ce dernier paradoxe qui m’a forcé à faire un pas de plus.

Le panarchisme : sortir enfin de la logique du maître

Arrivé là, il restait une contradiction que je ne pouvais plus ignorer.

Si je rejette la coercition, je ne peux pas la justifier au nom de la “bonne” idéologie. Ni de gauche, ni de droite, ni même de l’anarchisme. Forcer quelqu’un à être libre reste une absurdité morale.

C’est là que le panarchisme s’est imposé, non pas comme une pirouette intellectuelle, mais comme une issue pragmatique.

L’idée est simple, presque banale: des gens différents veulent vivre sous des règles différentes. Certains veulent un État fort. D’autres un État minimal. D’autres aucun État du tout. Le problème ne vient pas de ces préférences. Il vient du fait qu’une seule vision est imposée à tous, par la force.

Le panarchisme propose autre chose: la coexistence de cadres politiques choisis. Non pas territoriaux, mais volontaires. Tu choisis le système sous lequel tu veux vivre, comme tu choisis une association, une coopérative, une communauté. Et tu peux en sortir.

Ça ne demande pas un monde parfait. Ça demande simplement de reconnaître que le consentement réel est plus important que l’uniformité.

Ce n’est pas une utopie douce. C’est un constat dur: tant qu’un groupe peut imposer son modèle à tous les autres, les conflits sont inévitables. Et tant que l’État détient le monopole de la contrainte, il attirera les mêmes profils, peu importe la couleur du drapeau.

Le panarchisme ne promet pas que tout le monde sera heureux. Il promet que chacun pourra cesser de vouloir diriger la vie des autres.

C’est aussi la seule position cohérente après un parcours comme le mien. J’ai cru à Dieu. Puis à l’État. Puis à l’État limité. À chaque fois, j’ai fini par voir le même mécanisme: une autorité centrale qui décide pour moi.

Aujourd’hui, je ne cherche plus le bon maître. Je ne cherche même plus à abolir les maîtres des autres. Je demande une chose beaucoup plus modeste, et apparemment beaucoup plus choquante: qu’on me laisse choisir, et qu’on laisse les autres faire de même.

C’est souvent à ce moment-là que les insultes arrivent. Anarchiste. Utopiste. Dangereux.

Je prends ça comme un aveu.

Cesser de croire, commencer à être responsable

Si je raconte ce parcours, ce n’est pas pour me donner le beau rôle. C’est pour montrer à quel point il est facile de confondre cohérence morale et appartenance idéologique.

J’ai cru, sincèrement, à plusieurs systèmes. Pas par bêtise. Par désir d’ordre, de justice, de sens. Comme tout le monde. Et chaque fois, j’ai fini par tomber sur la même limite: le moment où quelqu’un décide à ma place, par la force, au nom de mon bien.

On passe souvent sa vie politique à chercher le bon maître. Celui qui taxera mieux. Qui régulera mieux. Qui punira les bons et protégera les bons, selon nos propres critères. On change de camp, on change de discours, mais on garde la même attente: que quelqu’un, quelque part, fasse le sale boulot moral à notre place.

Le problème, ce n’est pas que les gens veuillent être dirigés. C’est qu’ils veuillent diriger les autres.

Quand je dis que le système est frauduleux, ce n’est pas une insulte lancée au hasard. C’est une description. Un système monétaire basé sur la création infinie de dette. Un système politique qui s’appuie sur cette fraude pour financer des promesses impossibles. Et un cadre légal qui rend tout ça obligatoire, dès la naissance, sans consentement réel.

À partir de là, continuer à débattre de gauche et de droite devient presque secondaire. Ce sont des débats internes à une structure qu’on ne remet jamais en question. Des querelles de gestionnaires sur un outil fondamentalement coercitif.

La morale de l’histoire est simple, mais inconfortable.

La liberté ne se vote pas.
Elle ne se délègue pas.
Elle ne s’impose pas.

Elle se pratique. Et elle commence par accepter que d’autres feront des choix que nous n’aimons pas, tant qu’ils ne nous les imposent pas.

Le panarchisme n’est pas un rêve naïf. C’est une limite morale posée au pouvoir. Une ligne claire: tu peux vivre comme tu veux, mais pas aux dépens du consentement des autres.

Et oui, ça fait peur. Parce que ça enlève une béquille. Ça enlève l’excuse. Ça enlève la possibilité de dire: ce n’est pas ma faute, j’ai voté pour les bons.

Refuser le maître, c’est accepter la responsabilité. Entièrement. De ses choix, de ses erreurs, de ses réussites. C’est beaucoup plus exigeant que de croire. Et c’est probablement pour ça que si peu de gens vont au bout de cette logique.

Si ce texte dérange, tant mieux. Il ne demande pas d’être d’accord. Il demande seulement d’être honnête avec une question simple, que chacun évite tôt ou tard:

Si tu refuses qu’on t’impose une vision du monde…
par quel droit acceptes-tu de l’imposer aux autres?

C’est à cet endroit précis que j’ai cessé de chercher le bon maître.
Et c’est aussi là que, pour la première fois, j’ai commencé à me sentir réellement libre.

✍️ Le Volontariste

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