Un fait divers de plus… ou un révélateur de nos contradictions
Les derniers jours ont remis une scène bien connue sous les projecteurs.
Une intervention policière. Une voiture. Des ordres criés. Une vidéo découpée en boucles sur les réseaux. Une femme morte. Et, presque instantanément, la même chorégraphie idéologique.
Les tribus de gauche parlent d’exécution.
Les tribus de droite parlent de légitime défense.
Personne n’attend. Personne ne doute.
L’événement n’est plus un fait à comprendre, c’est un prétexte à confirmer ce qu’on croyait déjà.
Ce réflexe-là est devenu banal. Trop banal. Et c’est précisément pour ça qu’il est dangereux.
La voiture, cet objet moralement instable
Reculons de quelques mois.
Portland. Seattle. Minneapolis. D’autres villes aussi.
Des foules bloquent des rues. Des inconnus encerclent des véhicules. Des gens tapent sur des carrosseries. Des conducteurs paniquent. Certains avancent pour sortir d’une situation qu’ils perçoivent comme une menace réelle.
À ce moment-là, le script était clair.
Les tribus de droite applaudissaient le courage de “passer au travers”.
Les tribus de gauche dénonçaient une violence inacceptable contre des manifestants.
Avance rapide jusqu’à aujourd’hui.
Une conductrice avance vers des agents armés.
Et soudain, la morale se retourne comme un gant.
Les tribus de droite défendent l’usage de la force policière.
Les tribus de gauche défendent la conductrice.
Même outil.
Même geste fondamental.
Une voiture qui avance vers des humains.
La seule chose qui change, c’est l’identité de ceux qui sont impliqués. Voilà le cœur du problème.
Le tribalisme, ou comment perdre ses principes sans s’en rendre compte
Soyons clairs. Il ne s’agit pas ici de la gauche ou de la droite comme courants d’idées. Il s’agit des tribus de gauche et des tribus de droite, celles qui ont remplacé les principes par l’appartenance.
Dans une tribu, on ne cherche pas la cohérence.
On cherche à protéger le camp.
Un acte n’est plus évalué pour ce qu’il est, mais pour qui le pose.
La violence devient justifiable ou scandaleuse selon la couleur idéologique.
Ce n’est pas de la pensée politique.
C’est de la religion.
La police : quand le gang devient légal
Il faut maintenant aborder le point que beaucoup refusent de regarder en face.
Pour moi, la police n’est pas une institution morale.
C’est un gang légalisé. Une organisation criminelle à statut légal.
Même logique que n’importe quel gang de rue.
Même réflexes.
Même habitudes.
Ils se protègent entre eux.
Ils appliquent l’omerta avec une rigueur quasi religieuse.
On ne dénonce pas un collègue. On minimise. On justifie. On dilue les responsabilités. Et quand quelqu’un parle, il est puni, déplacé, isolé, brisé. Rien d’exotique. C’est le manuel classique.
Ils opèrent en groupe pour maintenir un rapport de force constant.
Ils ont une hiérarchie interne.
Des règles.
Des sanctions.
La seule différence avec un gang de rue, c’est qu’eux ont le légal de leur côté.
L’uniforme magique et les privilèges interdits aux autres
La clé de voûte de ce système, c’est l’uniforme magique.
Il n’y a personne, absolument personne, dans la société, qui a le droit de faire ce que la police fait.
Arrêter quelqu’un de force.
Le menotter.
Le séquestrer.
Le frapper.
Le tuer.
Pour un citoyen ordinaire, ce sont des crimes.
Pour un policier, ce sont des procédures.
Magie pure.
On parle d’«agent de la paix», mais la paix ne repose pas sur des privilèges. Elle repose sur des règles communes. Dès que certains humains ont des droits spéciaux que les autres n’ont pas, la société cesse d’être juste. Elle devient hiérarchique.
Et c’est là que tout se dégrade.
Le vrai poison : le privilège institutionnalisé
Une société saine tolère des rôles et des responsabilités.
Elle ne tolère pas des privilèges.
Dès que tu accordes à un groupe le droit de faire ce qui est interdit aux autres, tu crées deux classes d’humains.
Ceux qui peuvent.
Et ceux qui subissent.
Ce n’est plus de l’ordre.
C’est de la domination.
Et après, on fait semblant de ne pas comprendre pourquoi la méfiance explose, pourquoi la violence se banalise, pourquoi l’autorité est défiée.
Quand la loi ne s’applique pas de la même façon à tous, ce n’est plus une loi. C’est un outil de pouvoir.
Symétrie morale : l’épreuve que personne ne veut passer
Il existe pourtant un test simple. Un test qui rend les tribus inconfortables.
Y avait-il une menace réelle et immédiate?
Y avait-il une possibilité de fuite?
La vie de quelqu’un était-elle réellement en danger?
Ces questions devraient s’appliquer à tous.
Citoyens. Manifestants. Policiers.
Mais la symétrie morale dérange. Elle empêche l’indignation sélective. Alors on préfère justifier ici et condamner là, selon l’identité des acteurs.
Déshumaniser pour mieux justifier
Ajoutons un dernier ingrédient au mélange. La diabolisation.
Quand on traite ses adversaires de fascistes, de nazis, de communiste, de terroristes intérieurs, on prépare le terrain. Dans la tête de certains, ils ne s’attaquent plus à des humains. Ils combattent le mal.
Et quand on croit combattre le mal absolu, tout devient permis.
Ce n’est pas un accident.
C’est une conséquence logique.
Homme, hommerie et sortie de la mêlée
Le vrai clivage n’est pas entre gauche et droite.
Il est entre l’homme et l’hommerie.
L’homme accepte les limites et la responsabilité.
L’hommerie réclame des privilèges et s’enrobe de morale pour les justifier.
La police moderne est l’exemple parfait de cette hommerie institutionnelle. Un gang sacralisé par l’État, convaincu d’être nécessaire, intouchable, au-dessus du commun des mortels.
S’élever au-dessus de la mêlée, ce n’est pas être neutre.
C’est refuser la gymnastique morale.
C’est juger les actes pour ce qu’ils sont, pas pour qui les pose.
Aujourd’hui, ça demande plus de courage que de choisir une tribu.
✍️ Le Volontariste


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