🧠 Quand le chroniqueur se contredit : Yves Boisvert, la liberté à géométrie variable

✍️ Par Le Volontariste

Il y a quelques mois à peine, Yves Boisvert s’érigeait en défenseur de la décision de Justin Trudeau d’invoquer la Loi sur les mesures d’urgence pour écraser une mobilisation citoyenne. Un mouvement pourtant pacifique dans sa majorité, sans émeutes, sans incendies, sans attaques armées. Le convoi de la liberté a été présenté comme une menace existentielle, un prétexte commode pour suspendre les droits, geler des comptes, restreindre les manifestations et faire taire une dissidence grandissante.

Boisvert, alors, minimisait les atteintes aux libertés. « Ce n’était que neuf jours », disait-il. Il appelait à la compréhension envers ceux qui ont agi sous pression. Il qualifiait l’usage de la loi d’exception de « raisonnable ». Il allait jusqu’à dire que, placé dans la même situation, il aurait probablement pris la même décision.

Mais voilà qu’aujourd’hui, dans un retournement spectaculaire, le même journaliste s’insurge contre Donald Trump pour avoir fait appel à la Garde nationale en Californie, au cœur d’émeutes violentes, de véhicules incendiés et de bâtiments fédéraux attaqués. Le recours aux mesures d’exception devient soudainement, dans son récit, une dérive autoritaire. Un pas vers le fascisme. Une répétition générale du totalitarisme. Il convoque même Mussolini pour faire frémir le lecteur.

⚖️ Deux situations, un même principe trahi

Regardons les faits.

  • En 2022, Trudeau a invoqué une loi d’exception en l’absence d’émeutes, de morts ou de chaos généralisé.
  • En 2025, Trump réagit à des troubles civils concrets, à des actes de violence, à une incapacité apparente des forces locales à maintenir l’ordre.

Dans les deux cas, on assiste à une centralisation du pouvoir, à la suspension temporaire de certains droits, à l’usage d’un appareil d’exception.

Mais pour Yves Boisvert, l’un est un geste « lucide » face au désordre… et l’autre, une manifestation de fascisme en marche.

Cette contradiction n’est pas anodine. Elle révèle un biais profond : ce n’est pas l’action elle-même qui dérange, mais celui qui la pose.

🧩 Le piège du biais idéologique

Ce double standard est une forme avancée du biais de confirmation : on tord la réalité pour qu’elle corresponde à ce que l’on croit déjà.
Quand notre camp restreint les libertés, on parle de courage politique.
Quand le camp adverse fait la même chose, on crie à la tyrannie.

Or, la vraie défense de la liberté ne peut souffrir d’une telle souplesse morale. Un principe n’a de valeur que s’il s’applique même à ceux qu’on déteste. La liberté d’expression, la présomption d’innocence, le droit de manifester, le refus des mesures d’exception arbitraires : tout cela ne vaut rien si l’on en fait des armes à géométrie idéologique.

🛑 La liberté ne se module pas selon l’opinion du jour

Ce que Boisvert démontre malgré lui, c’est l’effritement du journalisme de principe. Celui qui pèse les actes du pouvoir à l’aune de la liberté, et non des affinités partisanes.
Ce que son revirement illustre, c’est la facilité avec laquelle nos élites médiatiques abandonnent les principes dès que la peur monte, ou que leur clan est au pouvoir.

Mais il n’y a pas de vraie liberté sans cohérence morale.
Il n’y a pas de contre-pouvoir sans mémoire.

Et surtout, il n’y a pas de démocratie solide si l’on accepte que les lois d’exception deviennent des outils de convenance.

📌 Conclusion

Yves Boisvert n’est pas le seul à juger un pouvoir en fonction de celui qui le détient. Mais il illustre à merveille le danger de cette logique : celle où l’on sacrifie les libertés fondamentales parce qu’on pense être du bon côté de l’Histoire.

Et c’est précisément cette croyance, qu’il existerait des bons tyrans et des mauvaises libertés, qui mène les peuples libres à leur perte.

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