La fausse indépendance des institutions : le grand mensonge tranquille

On nous répète que le Canada est un pays d’institutions fortes. Une démocratie exemplaire. Un modèle pour le monde.
On nous dit qu’ici, la justice veille, que les contre-pouvoirs surveillent, que les “agents du Parlement” protègent l’intérêt public.

En théorie, c’est beau.
Dans la vraie vie, on est loin de ça.

On assiste depuis des années à une pièce de théâtre où toutes les institutions chargées de surveiller le gouvernement sont soigneusement choisies, contrôlées, financées et parfois écartées par… le gouvernement lui-même. Et pourtant, on maintient la fiction de l’indépendance pour rassurer la population.
Ça marche, parce que la majorité n’a pas le temps de lire entre les lignes.
Mais quand tu regardes attentivement, tu vois les ficelles. Et tu réalises que ce n’est pas un accident. C’est un système.

Le cas du PBO : un chien de garde attaché par le même collier que son maître

Prenons ce qui vient de se passer avec le Directeur parlementaire du budget.
On avait un gars, Yves Giroux, sérieux, rigoureux. Son mandat se termine.
On le remplace par un intérimaire, Jason Jacques, pour six mois.
Pas sept ans, pas quatre ans, pas un vrai mandat.
Six mois. Le strict minimum légal.

Un mandat court, c’est une laisse courte.
Ça sert à rappeler au nouveau venu qu’il doit marcher droit.

Et qu’est-ce qu’il fait?
Il publie des rapports qui décrivent l’état des finances fédérales comme “choquant”, “stupéfiant”, “non soutenable”.
En d’autres mots, il fait son travail.
Pas pour plaire, mais pour informer.

La réaction?
Le gouvernement lance immédiatement le processus pour choisir son candidat permanent.
Une procédure bien emballée, avec une description de poste où l’on recherche quelqu’un ayant “tact” et “discrétion”.
On comprend le message.
On ne veut pas un chien de garde.
On veut un chien calme.

On peut tourner autour du pot pendant trois heures, mais la vérité est simple:
une institution indépendante n’existe pas quand son patron décide qui la dirige, combien de temps, et dans quelles conditions.

Le Canada adore les contrefaçons de contre-pouvoirs

Et ce n’est pas nouveau.
Regarde l’histoire du pays depuis 40 ans.
La liste est longue.

Le commissaire à l’éthique?
Change, s’excuse, limite ses enquêtes, puis finit par démissionner.
Toujours les mêmes excuses: manque d’outils, manque de moyens, manque de données.

Le vérificateur général?
On lui coupe son financement quand ses rapports dérangent trop.
Plus besoin de le censurer, il manque déjà de ressources pour creuser.

Les commissions d’enquête?
Longues, coûteuses, et finissent souvent par recommander ce que le gouvernement voulait déjà faire.

Les “comités d’experts”?
Choisis par ceux qu’ils sont censés fouiller.

Les juges des tribunaux administratifs?
Nommés par l’État, renouvelés par l’État, évalués par l’État.

C’est un système où l’État se surveille lui-même.
On appelle ça un contrôle interne.
On appelle ça aussi un cercle fermé.
Dans un milieu criminel, on appellerait ça une protection mutuelle.

Le citoyen croit au vernis, pas au bois pourri

Le Canadien moyen garde encore cette vieille foi dans “les institutions”.
On lui a répété ça tellement de fois qu’il finit par y croire sans se poser de questions.

Il voit un logo officiel, un rapport épais, un comité avec un nom compliqué, et il pense que c’est sérieux.
Il ne voit pas le mécanisme derrière.
Il ne voit pas qui nomme qui.
Il ne voit pas qui tient le chéquier.
Il ne voit pas qui a le dernier mot sur la carrière de ces soi-disant indépendants.

Il voit la façade.
Il croit que derrière, il y a une structure solide.
Il ne comprend pas encore que la façade tient debout, mais que l’intérieur est creux.

Et pourtant, c’est simple:
une institution financée, nommée, contrôlée et remplacée par l’exécutif n’est pas indépendante.
C’est un faux-nez.

La mécanique est trop bien huilée pour être un accident

Le pire, ce n’est pas que ça fonctionne mal.
Le pire, c’est que ça fonctionne exactement comme il faut…
Du point de vue du pouvoir.

Chaque institution qui pourrait freiner l’État est tenue en laisse.

  • Mandats courts.
  • Nominations personnalisées.
  • Secrétariat du Cabinet qui cache l’information.
  • Budget contrôlé par le ministère des Finances.
  • Possibilité de remplacer les dirigeants “en cas de perte de confiance”.

C’est un système conçu pour protéger le pouvoir de toute turbulence.
Un système où les contre-pouvoirs sont assez présents pour sauver l’apparence…
mais jamais assez réels pour gêner ceux qui gouvernent.

C’est ça, la fausse indépendance.
C’est ça, l’illusion canadienne.

Pourquoi le vote ne changera rien

Tu peux changer le parti.
Tu peux changer la couleur des pancartes.
Tu peux changer les slogans.
Tu peux même changer le chef.

Mais tu ne changes jamais le mécanisme.

Parce que dès qu’un parti entre au pouvoir, il devient l’héritier naturel de tout ce qui assure le contrôle.
Et aucun parti, même le plus vertueux, ne va détruire les outils qui garantissent son confort futur.

C’est comme donner à quelqu’un un coffre-fort rempli d’avantages, puis lui demander de le jeter à la mer.
Bonne chance.

C’est pour ça que le vote ne répare rien.
Tu changes les acteurs.
Tu ne changes pas la pièce.
Tu ne changes pas la scène.
Tu ne changes pas le script.

Tu changes juste les costumes.

Le système est obsolète, et il ne s’auto-réformera pas

On est pris avec un modèle institutionnel conçu pour une époque où les citoyens faisaient encore confiance.
Aujourd’hui, ce modèle ne tient plus.
Il se protège lui-même, il se recycle lui-même, il s’entretient lui-même.

On a un Parlement qui suit le parti.
Un Sénat rempli de nominations partisanes travesties en “méritocratie”.
Des agences soi-disant neutres dirigées par des gens approuvés par ceux qu’ils doivent surveiller.
Et des citoyens qui pensent encore que tout ça est normal.

Le système ne s’effondre pas.
Il se dégrade lentement.
Il devient lourd, opaque, refermé sur lui-même.
Il ressemble de plus en plus à un musée qu’on refuse de fermer.

Il survit seulement parce que la population continue d’y croire par habitude.

La seule porte de sortie est de quitter le théâtre

On arrive à la conclusion qu’aucun politicien n’osera dire.
Pas parce qu’elle est extrême, mais parce qu’elle est vraie.

On ne peut pas réformer un système construit pour se protéger lui-même.
On ne peut pas rénover une maison où les murs sont pourris.
On doit sortir et en construire une autre.

C’est ça, quitter le théâtre.

C’est comprendre que les projecteurs sont braqués sur la scène, mais que la scène ne sert plus à rien.
Le spectacle est vide.
Les acteurs récitent des lignes qui ne mènent nulle part.
Le public se berce d’illusion.

La seule solution, c’est de se lever, de sortir de la salle, et de bâtir ailleurs.
Pas en criant dans le corridor.
Pas en suppliant les acteurs de changer leur texte.
En s’émancipant du décor.

Quand un système est usé, capturé, verrouillé, figé…
il ne se réforme pas.
Il se remplace.

Et ce remplacement commence toujours avec ceux qui refusent de croire aux faux-semblants.
Ceux qui voient derrière la façade.
Ceux qui comprennent qu’un contre-pouvoir doit naître en dehors du pouvoir, pas à l’intérieur.

Tu quittes le théâtre.
Tu cesses d’attendre que le machin réparé depuis trente ans finisse par fonctionner.

Tu prends une sortie de secours.
Et tu la construis en chemin.

✍️ Le Volontariste

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