Quand l’obéissance cesse d’être une vertu : l’illusion canadienne et québécoise qui s’effrite

On aime se raconter que le Canada et le Québec sont des modèles de liberté, de justice et d’équilibre. On répète que nos institutions sont solides, que nos droits sont protégés, que nos dirigeants sont raisonnables. Cette image fonctionne… tant qu’on ne regarde pas trop près. Mais dès qu’on gratte la surface, on découvre un paysage beaucoup moins reluisant. L’illusion tient encore debout, mais les fondations sont rongées.

Ce n’est pas un sentiment vague ou un coup de colère passager. C’est la simple observation de ce qui se répète: un pouvoir qui s’arroge de plus en plus de privilèges, une bureaucratie qui devient punitive, et des citoyens qui se voient traités en suspects dès qu’ils osent contester. Dans un tel contexte, la question de la désobéissance civile n’est plus philosophique. Elle devient pratique.

Le Canada : la dissidence traitée comme une menace

Le cas de Tamara Lich et Chris Barber reste un tournant. Deux citoyens arrêtés, emprisonnés, encadrés comme si leur existence représentait un danger national. Leur «crime»? Avoir organisé une manifestation. Rien de violent. Rien de criminel. Rien qui justifie un traitement digne d’un régime nerveux face à la dissidence. Malgré l’innocence de leurs gestes, le Canada a choisi d’en faire des prisonniers politiques.

Le gel des comptes bancaires a été un choc encore plus grand. Sans procès, sans mandat, parfois pour un simple don symbolique, des gens se sont retrouvés incapables de payer leur hypothèque ou leur épicerie. Ce n’était pas une mesure administrative, c’était un avertissement: l’État peut frapper quand il veut, sans se salir les mains. Un simple ordre aux banques suffit pour briser un citoyen.

Dans l’Ouest, plusieurs entreprises de camionnage ont vécu le même genre de répression, mais version corporative: assurances retirées, permis suspendus, comptes bloqués. Une entreprise peut être détruite en 24 heures sans qu’aucun employé de l’État ne lève la voix. Pas d’accusation, pas de procès. Juste une mort administrative, propre et silencieuse.

Pendant ce temps, Ottawa renforce tranquillement son emprise sur l’information. Le CRTC obtient un pouvoir démesuré sur le contenu en ligne. Les médias, eux, survivent grâce aux subventions qui achètent leur loyauté. Les projets de loi sur les «contenus nuisibles» ouvrent la porte à une surveillance préventive. Et l’identité numérique risque de devenir l’outil parfait pour contrôler l’accès à tout : finances, services, déplacements.

Le Canada garde son sourire poli, mais derrière ce sourire, l’État s’est doté d’une trousse d’outils qui ferait rêver n’importe quel régime autoritaire du XXᵉ siècle.

Le Québec : la corruption habillée en administration

On pourrait croire que le Québec offre un contre-exemple. Un État plus proche du peuple, plus sensible, plus humain. La réalité est moins tendre.

Prenons SAAQclic. On appelle ça un «fiasco informatique». C’est faux. C’est un détournement de fonds légal. Des centaines de millions évaporés dans des contrats de consultants, une structure incapable et aucun responsable. On blâme un système informatique, mais ce système n’a pas conçu ses propres contrats. C’est une opération parfaite: on crée un chaos contrôlé, puis on laisse l’argent couler dans les bonnes poches.

Le favoritisme industriel suit la même logique. Northvolt a reçu des subventions colossales, des passe-droits environnementaux et un traitement VIP. Lion Électrique, elle, a bénéficié d’un marché captif forcé, notamment dans les écoles, où on a imposé l’achat de leurs véhicules. Ce ne sont pas des «décisions de vision». Ce sont des cadeaux économiques, du copinage, faits à des entreprises proches du pouvoir, au détriment de tous les autres acteurs.

L’UPAC ajoute un parfum d’ironie. On nous a promis une police anticorruption. On a eu un organisme qui n’a jamais réussi à faire tomber un seul politicien d’importance, mais qui excelle à saboter ses propres enquêtes, perdre des dossiers ou arrêter ses propres informateurs. L’UPAC sert surtout à calmer le public en lui donnant l’impression qu’un ménage se fait. En réalité, rien ne bouge.

La DPJ, elle, agit comme une institution dotée de pouvoirs quasi absolus. Trop de familles ont été brisées sur des bases fragiles. Trop de dossiers ont été montés trop vite. Trop d’allégations internes ont été enterrées. Dans ce système, le parent est souvent présumé coupable et l’État se comporte comme le tuteur officiel des enfants du Québec.

La primauté parentale s’effrite discrètement, remplacée par un modèle où l’État se donne un droit croissant d’intervenir sans consulter ceux qui élèvent réellement les enfants. Le droit de propriété suit la même pente: taxes, normes, restrictions, expropriations… au Québec, on est propriétaire tant que l’État tolère notre usage du bien.

Dans cet environnement, les médias (encore), eux, vivent grâce à l’argent public. Ils survivent parce qu’ils reçoivent ce qu’il faut pour maintenir un narratif acceptable. Le résultat est simple: la dissidence devient suspecte, et la critique sérieuse disparaît sous la dépendance financière.

La répétition historique : l’État n’aime pas qu’on lui dise non

Ce que nous vivons n’a rien d’un accident. Les gouvernements, peu importe l’époque, réagissent toujours mal à la désobéissance. Thoreau a été emprisonné pour avoir refusé de financer une guerre injuste. Rosa Parks a été arrêtée pour un siège de bus. Gandhi a été battu et enfermé pour avoir ramassé du sel. Solidarnosc s’est fait écraser par l’armée polonaise. Le mur de Berlin a tiré sur ceux qui tentaient de le franchir.

Aujourd’hui, on n’a plus besoin de soldats ou de matraques. On utilise des outils plus propres:
la banque, l’assurance, les permis, les algorithmes, les dossiers administratifs, les lois floues sur les discours, les plateformes numériques contrôlées.

La brutalité est la même.
Elle est simplement modernisée.

Alors, quand désobéir devient-il nécessaire?

La désobéissance civile devient nécessaire quand l’obéissance alimente la machine qui t’écrase. Quand respecter la loi te place du mauvais côté de ta propre dignité. Quand l’État cesse d’être le gardien de tes droits et devient leur gestionnaire conditionnel. Quand l’autorité se sert elle-même avant de servir le public.

On n’a pas besoin d’appeler à la violence pour le reconnaître. Il suffit d’affirmer que la loyauté aveugle n’est plus une vertu quand l’institution est devenue sourde, punitive et arrogante.

La vraie question n’est plus:
«Pourquoi désobéir?»
La vraie question est:
«Jusqu’à quand va-t-on accepter d’obéir à un système qui s’effondre sous ses propres mensonges?»

✍️ Le Volontariste

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